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My Texas

My Texas

Journaliste française au Texas depuis septembre 2011, je partage ici mes réflexions sur ce grand Etat, ainsi que mes revues de presse et de web via mes comptes Facebook et Twitter – Cécile Fandos

Gay Texas

Vendredi, j'ai eu le plaisir de me faire l'écho du mariage de la maire lesbienne de Houston pour 20 Minutes Suisse, dans le cadre de son contrat avec l'agence France USA Media basée à Los Angeles, mais aussi pour l'édition française du Huffington Post, pourtant bien pourvu en sujets américains par son ancêtre US.

Dans la foulée, je me suis fait une joie de partir en reportage sur la communauté homosexuelle texane pour le compte de Rue89. Le but était de montrer comment, dans le cœur texan urbanisé formé par le croissant Houston/San Antonio/Austin/Dallas-Fort Worth, il est désormais possible de vivre son homo, bi ou transsexualité sans obstacle majeur.

Le reportage n'a pas eu l'heur de plaire au co-fondateur et directeur de la rédaction de Rue89, qui me règlera toutefois la pige et les frais de déplacement qu'elle a entraînés, comme c'est la règle. Je vous le livre donc ici :

Le récent mariage de la maire de Houston à sa compagne de longue date, jeudi, quelques mois après sa réélection à la tête de la quatrième ville des Etats-Unis, a révélé la vraie nature du Texas, guère plus homophobe que le reste du pays. Certes, l’union a dû être célébrée en Californie, étant donné que le Lone Star State ne reconnaît pas le mariage homosexuel, contrairement au gouvernement fédéral et à dix-huit autres Etats de l’Union. Mais les sondages de l’université du Texas et du Texas Tribune montrent que 40 % des Texans approuvent le mariage entre deux personnes de même sexe et 30 % les unions civiles. Et Annise Parker a été élue au conseil municipal de Houston en étant ouvertement lesbienne dès 1997, avant de devenir la première maire homosexuelle d’une grande ville américaine en 2009.

Alors même si c’est un Représentant du Texas qui a proposé une loi annulant la reconnaissance du mariage homosexuel par le gouvernement fédéral à Washington, la semaine précédant le mariage de la maire de Houston, il est significatif qu’il soit élu dans l’Est de l’Etat. De Houston à Dallas/Fort Worth et San Antonio, le cœur texan, qui concentre les créations nettes d’emploi aux Etats-Unis et donc les mouvements migratoires de tout le pays, se montre tolérant envers toutes les identités sexuelles.

Démonstration en trois étapes et autant de rencontres.

Gay Texas
Le quartier gay de Dallas

Concepteur graphique dans une entreprise de design, Jordan Kepsel est sorti boire des verres sur le très gay Strip on Cedar Springs avec un ami. Son fiancé est resté à la maison réviser son droit avant de passer le barreau. Ensemble depuis douze ans, ils s’apprêtent, eux aussi, à se marier en Californie. « Nous nous y rendrons en juin avec nos familles ainsi qu’un couple d’amis de Dallas prévoyant de se marier la même semaine », précise le trentenaire.

Alors depuis la terrasse d’un bar offrant une vue imprenable sur un fast-food rempli d’hommes, un centre de santé LGBT et un sex-shop, Jordan regrette bien entendu que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu au Texas. « La législation est différente d’un Etat à l’autre et cela rend tout plus compliqué.» Mais il insiste surtout sur le signal d’« espoir » lancé par le mariage de la maire de Houston. Et mesure le chemin parcouru depuis son précédent séjour à Dallas.
C’était au début des années 2000. Il était étudiant en licence et appréciait moins la ville, même s’il se sentait suffisamment en confiance sur son campus pour y affirmer son identité sexuelle. « Aujourd’hui, il y a plus d’endroits ou sortir. Ça a un côté embêtant d’avoir un ghetto homo, mais c’est agréable aussi. »

Gay Texas
Le campus de l’université du Texas à Austin

Avant de rejoindre une dégustation de gâteaux pour la paix qu’elle a contribué à promouvoir sur les réseaux sociaux, Charity Chukwu se détend avec ses amis du Centre pour le genre et la sexualité de l’université du Texas. « Je suis entrée en contact avec l’un des directeurs du Centre au travers du programme Peers for Pride, qui permet d’aborder des questions de justice sociale et de mettre en lumière des problèmes cachés et je me suis sentie comme chez moi ici », explique cette étudiante en journalisme.

D’origine nigériane, la jeune femme élevée au Texas n’a jamais caché son attirance pour l’un comme l’autre des sexes à ses parents. « Mais ils n’ont pas compris et ils sont toujours dans le déni, car c’est un interdit très fort dans notre pays d’origine. Ils pensent que c’était une phase de ma vie et je m’abstiens d’aborder le sujet, car je sais que cela ferait de la peine, alors que nous nous entendons bien. »

Consciente de l’ampleur de la tâche à accomplir pour faire progresser la tolérance en dehors de son campus « accueillant pour toutes les races, cultures et identités sexuelles », Charity préfère se concentrer sur l’impact que sa génération peut avoir dans la région. « Il y a beaucoup d’espoir que les choses changent durablement au Texas. » Et « ce qui commence ici transforme le monde », assure la devise de l’université.

Gay Texas
La promenade de la rivière de San Antonio

Si Rosa Campos et Violeta Lopez demandent à témoigner sous des noms d’emprunt, ce n’est pas vis-à-vis de leur employeur commun –un centre d’appels offrant depuis peu des avantages sociaux aux partenaires de même sexe de leurs salariés, mais pour ne pas faire de peine à leurs ex respectives. Après des années d’interruption, ces deux Hispaniques de San Antonio se sont remises ensemble il y a quelques semaines et elles ne voudraient pas que leurs anciennes copines pensent que c’est la raison de la rupture. « Ces relations étaient arrivées à leur terme. C’est par un heureux concours de circonstance que nous nous sommes retrouvées. »

Et si le couple ne s’embrasse qu’à la sauvette pendant leur balade au bord de la rivière dans le quartier historique de King William accueillant pour les homosexuels, « c’est que nous sommes vieilles », estime Violeta, qui vient de passer le cap de la quarantaine et n’a assumé son homosexualité qu’à trente ans révolus, après avoir annulé son mariage avec un homme à trois mois de l’échéance. « Nous avons reçu une éducation catholique et grandi à une autre époque, où l’on savait très bien qui était les lesbiennes, mais on n’en parlait pas », lui répond Rosa, qui est née à la frontière avec le Mexique.

Mais « même si San Antonio reste plus conservatrice que d’autres villes texanes, du fait de la forte présence de l’armée et de la communauté Hispanique, aujourd’hui il n’est pas inhabituel de voir de jeunes couples homosexuels s’embrasser au restaurant ou se tenir la main au centre commercial. Et notre maire actuel a beaucoup œuvré en faveur de l’éducation et continue de le faire, ce qui fait que les gens s’habituent à des modes de vie différents », témoigne Rosa, qui se verrait bien élever un enfant avec Violeta dans cette ville affichant le plus fort taux de familles homoparentales des Etats-Unis.

De l’interdiction de la sodomie à l’explosion des familles homoparentales

Il y a quinze ans à peine, la police de Houston a pu arrêter un habitant surpris lors d’un rapport sexuel anal avec un partenaire de même sexe dans une affaire ayant mené à une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis mettant fin à l’interdiction de la sodomie dans tout le pays. Le Texas a déjà bien changé depuis.

Voilà, vous me direz si vous pensez que ce papier méritait de figurer sur Rue89 ou pas. En attendant, je vous mets en bonus le diaporama photo que j'ai réalisé dans le quartier de Dallas où j'ai rencontré Jordan et ses amis

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